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	<title>Café de Faune</title>
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	<description>Au royaume des aveugles, les lampadaires sont rares</description>
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		<title>Le Père Gottfoil</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 22:55:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Génies méconnus]]></category>

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		<description><![CDATA[Dieu est percé.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J&#8217;ai rencontré, durant mon existence, bien des êtres dignes d&#8217;intérêt, certains dignes d&#8217;éloges. Mais de tous ces individus dont l&#8217;existence et la pensée mériteraient de faire l&#8217;objet d&#8217;un récit, aucun ne surpasse, en originalité et en ambition, le père Gottfoil.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C&#8217;était alors une période très particulière de ma vie : un brusque accès de mysticisme m&#8217;avait conduit à abandonner travail, famille et pays et j&#8217;errais, mû par rien d&#8217;autre que le doux flux du hasard, de ville en ville, de région en région, de continent en continent, de rencontre en rencontre.  Cette longue quête sans autre but que le voyage lui-même m&#8217;avait conduit dans une petite communauté vivant au pied du Kangchenjunga, où d&#8217;étranges moines m&#8217;offrirent l&#8217;hospitalité. A leur tête, je l&#8217;appris le soir même au cours du repas, se trouvait le père Gottfoil.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Convaincu, en bon jésuite, que la connaissance du monde et celle de Dieu étaient une seule et même chose, il avait, en parallèle d&#8217;une solide formation de théologie, obtenu deux maîtrises universitaires, l&#8217;une en physique fondamentale, l&#8217;autre en cosmologie. Et ce qu&#8217;il avait entrevu, au carrefour de la science et de la foi, avait changé à jamais sa vision du monde.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dieu fuyait. Non comme un lâche, mais comme une vulgaire baudruche. Aussi incroyable que cela puisse sembler, Il se dégonflait.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le père Gottfoil n&#8217;était pas tout jeune et, durant la plus grande partie de sa vie de physicien, avait vécu dans la certitude que la nature de l&#8217;univers était cyclique. Le big bang, duquel était né toute chose, n&#8217;était qu&#8217;un miroir du big crunch à venir, le temps et l&#8217;espace que nous connaissions, étrangetés prisonnières entre ces deux évènements, que l&#8217;une des occurrences d&#8217;une éternelle répétition. Tout l&#8217;Être n&#8217;était qu&#8217;une expiration, rien que l&#8217;un des deux mouvements de la poitrine céleste. Et cela lui convenait très bien.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais les choses changèrent du tout au tout le jour où de nouvelles mesures, confirmant que la densité de l&#8217;univers était bien en deçà du seuil critique nécessaire à un futur triomphe de la gravitation, amenèrent l&#8217;essentiel de la communauté scientifique à penser qu&#8217;aucune contraction n&#8217;était plus à venir. Notre univers, affaibli à chaque seconde par l&#8217;invariable rigueur de la deuxième loi de la thermodynamique, se viderait de toute énergie jusqu&#8217;au jour où plus aucune étoile ne brillerait au sein d&#8217;un cosmos plongé à jamais à la température peu enviable de zéro kelvin.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors il sût qu&#8217;il devait agir.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lui, fervent chrétien, cessa d&#8217;adresser à Dieu ses prières, auxquelles il comprenait maintenant pourquoi le démiurge, pourtant supposément bon et omnipotent, restait sourd. Si Dieu n&#8217;écoutait pas les hommes, c&#8217;était parce qu&#8217;il n&#8217;avait aucune aide à leur apporter – c&#8217;étaient eux, pauvres créatures abandonnées au sein d&#8217;un Dieu mourant, qui devaient accourir à son secours. Pour le dire d&#8217;une façon triviale : il est inutile d&#8217;attendre de l&#8217;aide de celui qui est plus dans la merde que nous.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Accompagné de quelques disciples, il organisa de petites congrégations vouées à célébrer ce qui ressemblait grandement à des messes inversées. Par des hymnes, des prières, des rituels, ils cherchaient à donner à Dieu la force qui lui manquait. A jamais oubliés, « Ô Seigneur, aie pitié de nous ! » et autres « Délivre-nous de la tentation ». Eux, en chœurs et en cris, tentaient d&#8217;offrir à Dieu un petit coup de pouce. « Vas-y Seigneur, tu vas y arriver ! » était leur Notre Père.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi naquit l&#8217;église de la sainte rustine.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toute la théologie était à réécrire, et ils s&#8217;y appliquèrent. La multiplication de pains ? Métaphore adressée aux hommes pour les convaincre qu&#8217;ils pouvaient vaincre la loi de la conservation de l&#8217;énergie. La virginité de Marie ? Image de la haine de Dieu pour les trous, tous les trous, y compris le siphon essentiel, sis au cœur de la trame de la matière, qui vidait l&#8217;Éternel de sa substance – et, du même coup, de son éternité.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je fis remarquer au père Gottfoil que les innombrables gesticulations mystiques auxquelles lui et ses disciples se livraient ne pouvait que contribuer à augmenter l&#8217;entropie du cosmos, mais il n&#8217;en avait cure : quelle est l&#8217;alternative, me rétorqua-t-il sans que je ne susse quoi répondre, ne rien faire et attendre, stoïques devant la longue agonie de l&#8217;univers ?</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je repris mon voyage le lendemain. Je ne sais pas si Gottfoil avait raison, et, comme tous les hommes, sauf ceux qui vivront les derniers instants du cosmos, je ne le saurai jamais. Mais, depuis,  je ne peux plus regarder le monde ni les cieux sans être parcouru par un léger frisson, semblable en certains points à celui qu&#8217;on peut ressentir à la vue d&#8217;un mourant. Lorsqu&#8217;il m&#8217;arrive de ne pas craindre le péché d&#8217;orgueil, je me flatte d&#8217;avoir rencontré le fondateur de la première religion, parmi toutes celles que les siècles ont connues, qui ne cherche pas à réduire l&#8217;angoisse des hommes mais à la magnifier.</p>
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		<title>Asburdus IV : Les chèques</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Oct 2009 16:46:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Absurdus]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>

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		<description><![CDATA[A l'ordre de...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On considère généralement que le chèque bancaire, sous la forme que nous lui connaissons aujourd&#8217;hui, est apparu en Angleterre vers le milieu du dix-huitième siècle. Depuis cette date, et progressivement, les hommes perdirent l’habitude d’échanger de la monnaie, se contentant d’écrire les montants à débiter sur des coupures de papier conçues à cet effet, le simple fait de calligraphier une somme et son destinataire conduisant à une tractation aussi sûre que si la monnaie avait changé de main. Pendant plusieurs siècles, ce système fonctionna parfaitement, reléguant l&#8217;argent liquide au rang de babiole tout juste utile pour les petites dépenses quotidiennes et l’achat de marchandises illégales.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C’est seulement lors de la Grande Crise que les hommes commencèrent à réaliser pleinement les possibilités de ce système. Les troubles duraient alors depuis quatre ans et des millions de citoyens avaient perdu leur emploi. L&#8217;heureuse minorité qui avait la chance de conserver un travail œuvrait dans l’immense tour des services centraux où elle classait les dossiers d’aide sociale de la majorité inactive. Mais les problèmes s’accrurent l’hiver suivant, la famine et le froid ayant frappé plus durement qu’à l’accoutumée les habitants de pays jusqu’alors peu habitués au dénuement. Une sorte de guerre civile mondiale menaçait et aurait sûrement éclaté sans la mise en place du plan Johnson.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le plan avait pour but d’élargir l’utilisation des chéquiers aux transactions autres que monétaires. L’ancien système présentait le défaut de laisser une part trop importante de réalité physique aux échanges. Si, par exemple, quelqu’un voulait acheter une paire de chaussures, il remettait au vendeur un chèque sur lequel il avait écrit le montant, mais le commerçant, lui, était contraint de donner <em>effectivement</em> une paire de chaussures, sans quoi la transaction eût relevé de l’escroquerie. Depuis la mise en place du plan Johnson, les échanges pouvaient avoir lieu de façon scripturale dans les deux sens. Ce qui donnait, pour reprendre l’exemple précédent, un client échangeant un chèque sur lequel est écrit <em>cinquante-trois euros</em> contre un autre portant la mention <em>une paire de chaussures</em>. Le système était tellement parfait que tout le monde s’étonna qu’on y ait pas pensé plus tôt et que le mandat du président Johnson fut reconduit aux élections suivantes.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les premiers mois, tout fonctionna parfaitement : le commerce tournait à nouveau et l’organisation du plan avait nécessité des millions d’embauches dans le secteur bancaire, réduisant d’autant le nombre des chômeurs. Mais les sans-emploi restaient nombreux et étaient de plus en plus frustrés de voir hors de leur portée la pléthore de biens circulant à nouveau sur le marché. L’écart entre les riches employés des banques et les nombreux inactifs miséreux s’était creusé à tel point que, tandis que de nombreuses familles pouvaient à peine se payer un ou deux chèques <em>pain sec</em> ou <em>eau potable</em>, un multimilliardaire avait fait savoir dans les médias qu’il avait acquis pour une petite fortune un chèque portant la mention <em>immense avion privé sans pilote au fuselage incrusté de diamants</em>. Pour les membres de partis de gauche, le seul succès du plan Johnson avait été de permettre aux plus riches de réaliser tous leurs rêves, y compris ceux ne pouvant l’être auparavant pour des raisons matérielles. Une nouvelle fois, la révolte grondait et seul le plan Jameson parvint à restaurer l&#8217;ordre.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce nouveau plan partait d’une idée simple : lorsque les biens de consommation étaient venus à manquer, la solution avait été de les remplacer par des chèques. Mais c’était maintenant le travail qui manquait ; on autorisa donc les citoyens à utiliser des chèques-emplois. Chaque citoyen devait choisir un emploi correspondant à ses qualifications et remettre à la banque, chaque mois, un chèque sur lequel était écrit, par exemple, <em>plombier</em>. On lui remettait alors un chèque correspondant au salaire mensuel d’un plombier, qu’il pouvait déposer afin d’avoir de quoi acheter, par chèque monétaire, les chèques représentant des biens de consommation. Simple comme bonjour, et extrêmement efficace : le président Jameson fut triomphalement réélu deux fois consécutives.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le plan Jameson eut néanmoins un effet secondaire pour le moins inattendu : les consommateurs, pouvant s’acheter ce qu’ils désiraient sans avoir à travailler ni même à sortir de chez eux, se replièrent sur eux-mêmes. La mélancolie gagnait le peuple, et les chèques <em>antidépresseurs</em> des personnes exerçant un emploi de chèque <em>psychiatre</em> ne suffisaient pas à enrayer sa dramatique progression. Les hommes avaient besoin d’aventures, de rêves et d’action, choses que leur vie de passivité totale ne leur procurait plus. Ils ne se parlaient plus et, en l’espace de quelques années, eurent tout oublié des relations humaines. C’est pour remédier à cette crise gravissime que fut voté le plan Jackson, mieux connu sous le nom de plan du chèque final.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce plan visait à élargir l’utilisation des chèques à la totalité des actions, évènements et pensées qu’un individu pouvait connaître durant sa vie. Des personnes faisaient des chèques d’un montant <em>d’une après-midi dans le jardin</em> avec les enfants à leur nom et allaient les encaisser. Parfois, un homme abordait timidement une femme, lui tendait un chèque <em>rencontre d’une journée devenue amour d’une vie</em>, puis s’en allait sans un mot. De nombreux égocentriques passaient leur vie à encaisser des chèques <em>réalisation d’un chef d’œuvre</em> alors que des masochistes se faisaient des chèques <em>tumeur au cerveau</em>.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais l&#8217;encre vint à manquer et ils périrent.</p>
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		<title>Néoclassicisme</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Sep 2009 14:02:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'époque]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>
		<category><![CDATA[Mauvais esprit]]></category>

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		<description><![CDATA[Oraisons funèbres, XXIst century-style.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<div>&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je connaissais déjà ça&#8230;</p>
<div align="center"><img src="http://www.cafedefaune.com/wp-content/uploads/2009/07/neorap_corneille.jpg" alt="neorap_corneille" title="neorap_corneille" width="320" height="320" class="alignnone size-full wp-image-547" /></div>
<div>&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Récemment, j&#8217;ai découvert ça&#8230;</p>
<div align="center"><img src="http://www.cafedefaune.com/wp-content/uploads/2009/07/neorap_racine.jpg" alt="neorap_racine" title="neorap_racine" width="320" height="320" class="alignnone size-full wp-image-548" /></div>
<div>&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors, humblement, je propose ça&#8230;</p>
<div align="center"><img src="http://www.cafedefaune.com/wp-content/uploads/2009/07/neorap_bossuet.jpg" alt="neorap_bossuet" title="neorap_bossuet" width="320" height="320" class="alignnone size-full wp-image-546" /></div>
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		<title>Exercice d&#8217;admiration</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Sep 2009 15:54:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Soyons sérieux]]></category>
		<category><![CDATA[Informatique]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[Le jour où j'ai vu ce qu'Internet pourrait être.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>Note liminaire :</u> Quoi ? Un post sérieux sur <em>Café de Faune</em> ? Ben oui, on ne peut pas non plus déconner tout le temps. Je reprendrai le cours de mes divagations la prochaine fois.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si vous avez déjà essayé de promouvoir un blog, vous savez sans doute que ce n&#8217;est pas une partie de plaisir. Et si vous avez déjà essayé de promouvoir un blog <em>humoristique</em> (ou tentant de l&#8217;être), vous me lisez sans doute depuis la salle Internet de l&#8217;asile d&#8217;Arkham, où vous êtes entouré de déments balbutiant <em>&laquo; Shub Nigghurath ! La chèvre aux mille chevraux ! &raquo;</em>, pauvres créatures à jamais devenues folles, elles aussi, d&#8217;avoir vu ce que des yeux humains n&#8217;étaient pas censés voir.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Oui, j&#8217;ai été témoin de choses assez terrifiantes, du genre d&#8217;insanités à même de faire perdre toute foi en l&#8217;homme au philanthrope le plus béat. Jetez un coup d&#8217;oeil aux catégories <em>&laquo; humour &raquo;</em> des annuaires de blogs et demandez-vous si vous accepteriez de voir votre travail figurer entre <em>&laquo; Tro lol !! C mé meyeur blags !!! &raquo;</em> et un <em>fake</em> d&#8217;un goût exquis mettant en scène les parties les moins hydrodynamiques de l&#8217;anatomie de Laure Manaudou.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Internet est le royaume du n&#8217;importe quoi (et j&#8217;entends par là : du <em>portnawak</em>, pas du <em>bon</em> n&#8217;importe quoi), j&#8217;en ai déjà parlé, de façon plus légère, <a href="http://www.cafedefaune.com/2009/07/lage-d-e-homme/">ailleurs sur ce site</a>. Étripages entre ignorants, débats stériles, <em>&laquo; shock jokes &raquo;</em> qui feraient rougir de honte un animateur de Skyrock mais surtout, <em>surtout</em> : triomphe de l&#8217;actualité. De l&#8217;insupportable, omniprésente, étouffante et pitoyable actualité, grande et petite, celle du monde et celle de tout un chacun.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Même les sites dits <em>&laquo; de qualité &raquo;</em> ne sont pas épargnés ; ce sont même eux les victimes les plus désespérées &#8211; et désespérantes, parce qu&#8217;entraînant le réseau entier à leur suite &#8211; de cette tendance : on y parle de ce qui se passe, pas de ce qui importe. <em>Vendredi</em>, l&#8217;hebdomadaire qui est censé nous servir le <em>&laquo; meilleur du web &raquo;</em> sous forme papier, nous assène un condensé de l&#8217;<em>actualité vue par le web</em>, sûrement pas un aperçu du <em>meilleur</em> du web.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>&laquo; Espace de dialogue &raquo;</em>, <em>&laquo; point de vue différent &raquo;</em>, <em>&laquo; forum citoyen &raquo;</em>, marre ! Un immense fil AFP, commenté par des idiots, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie plus rien, voilà ce à quoi Internet semble devoir être réduit. C&#8217;est au moins aussi grave que la transformation de ce qui était un réseau décentralisé en un <a href="http://www.ecrans.fr/Tout-le-monde-a-interet-a,5762.html" target="_blank">minitel 2.0</a>, et peut-être même plus : aucun changement technique, aucun basculement d&#8217;architecture toujours ardu à mettre en place ne serait requis pour mettre fin à cette tendance délétère qui veut que cet incroyable médium qu&#8217;est le Net ne soit plus qu&#8217;un amas de flux déversant toujours plus rapidement la liste interminable des <em>places to be</em> et des <em>things to know</em> dans nos mirettes déjà gavées. <em>&laquo; What&#8217;s happening ? What to think about it ? &raquo;</em>, alpha et omega de l&#8217;<em>homo internetus</em>.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J&#8217;en étais à ce stade de mes râleries lorsque, un beau jour ou peut-être une nuit, je suis tombé, totalement par hasard, là dessus : <a href="http://194.199.191.220/pdl/" target="_blank">http://194.199.191.220/pdl/</a></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Oui, une adresse IP, pas un nom de domaine. C&#8217;est ce qui a attiré mon attention. Une adresse IP nue, tout internaute un peu avisé le sait, est généralement annonciatrice du déferlement prochain des plaies d&#8217;e-gypte sous forme de <em>fishing</em>, de <em>malware</em> et d&#8217;incitations à commander du Viagra par camions bennes entiers. Mais pas ici.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le design du site est la seconde chose sur laquelle je me suis arrêté. A une époque où les professionnels de la profession ne cessent de nous inciter à construire notre site de façon ergonomique et <em>search-engine friendly</em>, à tel point qu&#8217;on ne sait plus trop si l&#8217;on écrit pour être lu par des humains ou des machines, voir une interface aussi bordélique et peu commune a de quoi laisser perplexe. Il y a des frames, des bandeaux animés en javascript, c&#8217;est laid, ça semble mal organisé, il y a même un <a href="http://194.199.191.220/pdl/frames/aides.php?help=texte" target="_blank">mode d&#8217;emploi</a>. Vous y croyez, vous, un site web avec un <em>mode d&#8217;emploi</em> ? De quoi coller une crise d&#8217;apoplexie à tout web-designer qui vaut son pesant de kilo-euros.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais qu&#8217;est-ce donc que ce site ? On pourrait le qualifier de dictionnaire de citations. C&#8217;est d&#8217;ailleurs dans cette catégorie que le classent les rares pages qui lui font grâce d&#8217;un lien. On pourrait dire <em>&laquo; dictionnaire de citations &raquo;</em>, donc. Mais on dirait n&#8217;importe quoi. </p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce cher <a href="http://194.199.191.220/pdl/" target="_blank">194.199.191.220</a>, de son vrai nom <em>Les plus déserts lieux</em>, n&#8217;a pas grand chose à voir avec un dictionnaire. C&#8217;est un inextricable entremêlement de citations, de maximes de l&#8217;auteur, de rapprochements, de commentaires ; ce <em>livre</em>, comme il le nomme, est un <em>cahier 2.0</em>, c&#8217;est Cioran plus l&#8217;hypertexte. Et de lien en lien, au delà de l&#8217;apparente incongruité de la présentation, on se promène, on fouille dans un immense labyrinthe d&#8217;aphorismes, certains à mon humble avis géniaux (au hasard : <em>&laquo; Pour donner à Valéry ou Cioran la gloire populaire de Nietzsche, il faudrait qu’un futur Hitler, Staline ou Attila s’en entiche. Hélas, l’arbre et les ruines n’ont pas la puissance mobilisatrice du surhomme. &raquo;</em>), d&#8217;autres moins (des choses très discutables sur Spinoza notamment, notons tout de même le fantastique <em>&laquo; Si je devais interpréter âme selon Aristote, passion selon Descartes, désir (conatus) selon Spinoza, rire selon Kant, liberté selon Sartre, amour selon Barthes, je me réfugierais plutôt dans l&#8217;impassible, le servile et le végétal. &raquo;</em>), mais peu importe. Le tout a une cohérence, une immense cohérence, et l&#8217;apparence baroque de l&#8217;interface, qui peut révulser de prime abord, est finalement parfaitement justifiée. C&#8217;est un tout, c&#8217;est le livre d&#8217;une vie de lecture, en perpétuelle évolution, interminé et interminable. <em>Borges-on-line</em>.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et il n&#8217;y a pas de nom de domaine<strong><sup>*</sup></strong>, juste une adresse IP.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Concluez-en ce que vous voudrez en conclure : les amoureux de l&#8217;aphorisme et des cahiers de toute sorte, dont je suis, y verront quelque chose, les théoriciens du web et de l&#8217;hypertexte une autre, les futurologues imprégnés de teilhardisme une troisième.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je sais seulement que, ce beau jour ou peut-être cette nuit, j&#8217;ai vu ce qu&#8217;Internet pourrait être.</p>
<p><font size="1"><strong>*</strong>  En dehors d&#8217;un vague redirect mal fichu : <a href="http://www.ruinae.com/" target="_blank">http://www.ruinae.com/</a></font></p>
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		<title>Absurdus III : Post-partum</title>
		<link>http://www.cafedefaune.com/2009/09/absurdus-iii-post-partum/</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Sep 2009 09:35:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Absurdus]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>
		<category><![CDATA[Humour noir]]></category>

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		<description><![CDATA[Petite histoire pour la rentrée des classes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les rires d&#8217;enfants ne sont une douce musique qu&#8217;aux oreilles des adultes. A celles du pauvre hère à qui les années n&#8217;ont pas encore donné le recul nécessaire pour voir de la tendresse là où il n&#8217;y a que barbarie, ils sont tranchants comme des lames de rasoir. Flutch Flutch était l&#8217;un de ces êtres miniatures dont la voix compte peu, et encore moins lorsqu&#8217;elle a l&#8217;outrecuidance de tenir des propos qui vont à l&#8217;encontre des fantasmes d&#8217;innocence de ceux qui ont la chance de pouvoir avoir, pour l&#8217;enfance, de la nostalgie.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Flutch Flutch n&#8217;était pas son véritable nom, mais c&#8217;était le seul que ses camarades lui connaissaient. Lors de l&#8217;appel, au moment où la maîtresse avait égrené patiemment les noms de tous les élèves de la classe, il avait répondu, après &laquo;<em> Sébastien </em>&raquo; et avant &laquo;<em> Corinne </em>&raquo;, &laquo;<em> Flutch flutch </em>&raquo;. Et tous s&#8217;étaient moqués de lui.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#8217;institutrice avait cru faire plaisir aux enfants, profitant d&#8217;un doux mois de septembre encore baigné des rayons du soleil d&#8217;août, en consacrant la première matinée de classe à des jeux d&#8217;extérieur. Mais, par une étrange loi sociologique dont la rigueur d&#8217;application tient de la physique la plus stricte, la balle au prisonnier prend toujours pour cible le bouc émissaire et Flutch Flutch fut bombardé par ses camarades hilares. Au sol, plié en deux de douleur, il ne trouva que deux mots à dire : &laquo;<em> flutch flutch </em>&raquo;. Et tous se moquèrent de lui.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A la cantine il y avait des frites, et tous les élèves étaient heureux. Tous sauf lui, dont les appendices mal définis peinaient à tenir les couverts que les autres enfants maniaient avec adresse. Et quand il parvenait à faire atteindre son visage à une petite fourchetée de nourriture, elle s&#8217;écrasait immanquablement contre son absence de bouche et tombait à son absence de pieds. Alors, de dépit, il criait &laquo;<em> flutch flutch </em>&raquo;. Et, à chaque fois, tous se moquaient de lui.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puis ils le prirent à parti dans un coin de la cour et le rouèrent de coups. C&#8217;était mou et visqueux, ils remarquèrent. C&#8217;était tellement étrange, et tellement amusant, et ils le frappaient de plus belle. Et lui, roulé en boule dans une flaque d&#8217;un étrange liquide cramoisi, implorait &laquo;<em> flutch flutch </em>&raquo;. Mais tous se moquèrent de lui.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il était mal en point lorsque les cours de l&#8217;après-midi débutèrent et la maîtresse le remarqua. Femme intelligente, connaissant d&#8217;expérience la cruauté dont peuvent faire preuve les enfants, elle hésita un instant à prendre sa défense de peur de déchaîner une fois de plus sur lui le courroux des autres élèves, mais finit par se lancer – si les choses avait dégénéré à tel point en une demi-journée, dans quel état cette misérable chose se trouverait-elle à la fin de l&#8217;année ?</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toute la classe, en chœur, criait &laquo;<em> flutch flutch, flutch flutch ! </em>&raquo; en montrant du doigt la pauvre créature qui, elle, ne disait plus rien. &laquo;<em> Assez ! </em>&raquo; hurla l&#8217;institutrice, et le silence se fit. Patiemment, elle expliqua à ses élèves que leur petit camarade ne s&#8217;appelait pas Flutch Flutch mais André et que son étrange apparence ainsi que son léger défaut d&#8217;élocution n&#8217;étaient que le produit d&#8217;un malencontreux accident d&#8217;ordre médical dont il n&#8217;était aucunement responsable. Voyez-vous, ajouta-t-elle sur le ton docte que prend le missionnaire pour s&#8217;adresser au sauvage trop innocent pour distinguer le bien du mal, il y a eu un petit incident lors de la naissance d&#8217;André. Alors elle accrocha au tableau de laides planches cartonnées représentant l&#8217;anatomie humaine et donna un rapide cours sur ce merveilleux phénomène naturel qu&#8217;est la naissance d&#8217;un enfant. Elle dut faire quelques schémas à la craie sur le tableau afin de compléter ceux fournis par le ministère de l&#8217;éducation nationale – sur aucun d&#8217;entre eux la moindre référence n&#8217;était faite ni au placenta, ni à son expulsion lors de l&#8217;accouchement.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Or c&#8217;était bien ce qu&#8217;était André : un placenta. Ses deux parents étaient incroyablement laids et les médecins, sous-qualifiés ou surchargés de travail, avaient commis une erreur au moment de choisir lequel, de leur répugnant rejeton ou du flasque organe expulsé avec lui, jeter à la poubelle. Lorsqu&#8217;ils s&#8217;aperçurent de leur erreur, il était trop tard : le bébé était mort. Alors, en désespoir de cause, les parents d&#8217;André décidèrent de conserver le placenta et de lui donner l&#8217;éducation qu&#8217;ils avaient rêvée pour leur fils. A force d&#8217;amour et de courage, ils donnèrent à l&#8217;amas de chair informe la force de survivre, de bouger, de parler. Ils lui offrirent de petits pull-overs spécialement tricotés selon ses étranges mensurations. Et lui donnèrent un nom, André.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les élèves étaient émus. Ils passèrent le reste de l&#8217;après-midi à parler de tolérance, de la force de l&#8217;amour et de la bêtise des préjugés, guidés par une institutrice fière de mettre à profit la brochure &laquo;<em> débats citoyens et conscience civique </em>&raquo; qu&#8217;elle venait de recevoir de son ministère de tutelle. Juste avant que la cloche ne sonne, Hervé, un grand costaud, dit : &laquo;<em> En tout cas, André, ben c&#8217;est le plus intelligent de tous les placentas du monde entier ! </em>&raquo;. Toute la classe éclata de rire et l&#8217;applaudit. André se dressait sur son pseudopode : il était si fier.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le lendemain, les enfants le battirent à mort à coups de barres de fer.</p>
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		<title>Pendaison de crémaillère en place publique</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Jul 2009 10:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité du site]]></category>

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		<description><![CDATA[Beaucoup de belles et nouvelles choses en ce joli mois d'été.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Après quelques mois de mort clinique, <em>Café de Faune</em> est de retour en ce bas monde. Histoire de rentabiliser son passage au bloc, j&#8217;ai, en bon chirurgien, profité de son coma profond pour lui administrer un solide lifting. Et quand je dis solide, je ne plaisante pas.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Quid novi</em>, alors ? Beaucoup de choses&#8230;</p>
<ul>
<li>Commençons nous débarasser du plus ennuyeux, l&#8217;aspect technique :
<ul>
<li><strong>J&#8217;ai refondu toute l&#8217;interface</strong> et tout l&#8217;habillage. Le site est maintenant tel que je l&#8217;avais imaginé lors de son lancement.</li>
<li><strong>Les liens permanents sont maintenant bien mieux fichus</strong>, ce qui devrait faciliter leur indexation.</li>
<li>Pour joindre l&#8217;utile à l&#8217;agréable, <strong>la totalité des pages est maintenant <a href="http://validator.w3.org/check?uri=referer" target="_blank">validée <em>XHTML 1.0 transitionnel</em></a></strong>, ce qui signifie, en peu de mots, que le site devrait être parfaitement compatible avec n&#8217;importe quel navigateur ou dispositif de visualisation.</li>
<li><strong>Il est maintenant possible de noter les articles</strong> et autres éléments du site.</li>
</ul>
</li>
<li>Une coquille vide, aussi belle soit-elle, ne présentant pas grand intérêt, j&#8217;ai mis en ligne de nombreuses joyeusetés à même de vous faire perdre un temps précieux :
<ul>
<li><strong>Un nouveau texte, le premier depuis longtemps, vient grossir la catégorie &laquo; Pessimisme appliqué &raquo;</strong>. Il s&#8217;intitule <em>L&#8217;âge d&#8217;e-Homme</em> et vous pouvez le lire <a href="http://www.cafedefaune.com/2009/07/lage-d-e-homme/">en cliquant ici</a>.</li>
<li><strong>Une nouvelle section a ouvert ses portes : <a href="http://www.cafedefaune.com/mediatheque/">la médiathèque</a></strong>. Vous y trouverez des textes plus longs que les posts habituels, (disponibles au format PDF au cas où cela intéresserait certains d&#8217;entre vous) et, prochainement, d&#8217;autres choses sympathiques. <strong><a href="http://www.cafedefaune.com/mediatheque/dubitatisme/"><em>Apologie du dubitatisme</em></a>, mon <em>opus magnum</em> philosophique, inaugure cette partie du site</strong>. J&#8217;y ai également déplacé <strong><em><a href="http://www.cafedefaune.com/mediatheque/pierre-feuille-ciseaux/">pour un nouveau Pierre-Feuille-Ciseaux</a></em></strong>.</li>
<li>Et si par hasard vous êtes assez naïf pour croire qu&#8217;ajourd&#8217;hui n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;ajourd&#8217;hui, <strong>la section <a href="http://www.cafedefaune.com/mediatheque/journees-mondiales/">Journées mondiales</a></strong> se fera un plaisir de vous détromper.</li>
</ul>
</li>
<li>Et, prochainement:
<ul>
<li><strong><a href="http://www.cafedefaune.com/interactif/worldofideas/">World of Ideas</a> sera bientôt disponible en version Java</strong>, ce qui signifie que l&#8217;on pourra y jouer en ligne. Par &laquo; en ligne &raquo;, je ne veux pas dire &laquo; à plusieurs &raquo;, non, mais &laquo; directement depuis le site &raquo;. La classe&#8230; En attendant, vous pouvez toujours <a href="http://www.cafedefaune.com/interactif/worldofideas/download/">télécharger la version hors-ligne</a> ou <a href="http://www.cafedefaune.com/interactif/worldofideas/">regarder la bande-annonce</a>.</li>
<li><strong>Plusieurs textes et autres idioties</strong>, terminés et bien rangés sur mon disque dur, seront versés au dossier dans les semaines et les mois à venir.</li>
<li><strong><u>A compter du 1er septembre, la période de rodage étant passée, le site sera mis à jour le 1er et le 15 de chaque mois</u></strong>.</li>
</ul>
</li>
</ul>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour être sûr de profiter des autres nouveautés à venir, vous devriez mettre à jour votre agrégateur :<br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>La nouvelle adresse du flux RSS est <a href="http://www.cafedefaune.com/feed/">http://www.cafedefaune.com/feed/</a></strong></p>
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		<title>Pessimisme appliqué IV : L&#8217;âge d&#8217;e-Homme</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Jul 2009 10:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pessimisme]]></category>
		<category><![CDATA[Dubitatisme]]></category>
		<category><![CDATA[Humour noir]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[Peut-on croire en l'homme ? Et en l'internaute ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Depuis sa naissance, Paul avait toujours eu en l&#8217;existence une foi inébranlable. Il avait sept ans lorsqu&#8217;il comprit qu&#8217;il mourrait un jour, et la soudaine prise de conscience de son funeste destin ne provoqua chez lui que quelques secondes d&#8217;une inquiétude modérée. Les années s&#8217;écoulaient sans qu&#8217;il ne se déprenne de son indéfectible optimisme. Pourtant il regardait le journal télévisé avec ses parents et était aussi au fait que n&#8217;importe quel autre enfant de son âge des atrocités dont l&#8217;homme est capable. Mais rien. Rien du tout. Les professeurs d&#8217;histoire de son collège avaient beau lui parler de la Saint-Barthélémy, des chambres à gaz, de Mengele et du Rwanda, jamais ses lèvres ne se décidaient à se décrisper et à laisser mourir l&#8217;agaçant sourire qu&#8217;il arborait en permanence.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La vie était belle et le monde ne pouvait que devenir meilleur &#8211; jamais cette certitude ne l&#8217;abandonnait. Imaginez donc la joie de Paul lorsque son père lui annonça qu&#8217;il comptait lui offrir un abonnement à Internet. Lui aussi allait pouvoir profiter de cette invention merveilleuse, de cette avancée technologique telle qu&#8217;elle ne pouvait être interprétée autrement que comme une preuve supplémentaire du progrès, lent mais constant, de l&#8217;humanité vers une ère de connaissance et de paix.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si les sites traitant de science et de technologie l&#8217;intéressaient, c&#8217;étaient ceux où l&#8217;on parlait de politique qui occupaient le plus clair de son temps. Il dévorait les articles, répliques, débats, échanges de points de vue. Il imprimait et conservait soigneusement dans un classeur la prose des plus grands philosophes, politiciens, sociologues, polémistes, terrifié à l&#8217;idée que puisse un jour se perdre toute trace de ces échanges entre des hommes et des femmes qui, en dépit de leurs désaccords idéologiques, brûlaient aussi ardemment que lui du désir de faire de ce monde un endroit meilleur.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais le comportement de Paul changea radicalement quelques mois plus tard. Jusqu&#8217;alors, il avait toujours été curieux, gai, bon élève, ce qui suscitait invariablement la jalousie des parents de ses camarades, consternés par la léthargie de leur propre progéniture avachie du matin au soir devant une télévision ou une console de jeux. Mais Paul ne riait plus, ne souriait plus. Il semblait ailleurs. Son regard, qui naguère pétillait comme si ses yeux laissaient entrevoir quelques étincelles de la flamme intérieure qui l&#8217;animait, était maintenant terne. Ses paupières paraissaient menacer constamment de se fermer. Ses gestes étaient lents et maladroits. Même le teint de sa peau avait changé : ses joues roses et dodues étaient devenues grises et creuses. Il mangeait de moins en moins.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et un soir, en rentrant d&#8217;un restaurant, ses parents le trouvèrent inanimé, étendu sur le sol devant l&#8217;ordinateur allumé. Inquiets depuis longtemps devant la dégradation de l&#8217;état de leur fils, ils crurent voir leurs pires craintes confirmées : Paul était malade. Mais ni les médecins ni les psychologues de l&#8217;hôpital où il avait été conduit en urgence ne décelèrent d&#8217;anomalie sinon un léger état de fatigue général sans doute imputable à des veilles trop prolongées. Après avoir promis, d&#8217;une voix blanche, de ne plus rester devant l&#8217;ordinateur après minuit, Paul alla se mettre au lit.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Peut-être parce qu&#8217;il était trop inquiet pour y faire attention, peut-être parce qu&#8217;il ne pensait pas y trouver un élément susceptible d&#8217;expliquer l&#8217;état de son fils, le père de Paul éteignit l&#8217;ordinateur sans remarquer le titre de la page ouverte dans le navigateur : <em>commentaires des visiteurs</em>.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#8217;état de Paul continuait à se dégrader. Lui qui s&#8217;était autrefois levé avec le désir de hurler au monde son amour semblait maintenant angoissé à la simple idée d&#8217;entrebâiller les volets. En montant dans le bus, il ne ressentait plus l&#8217;irrépressible envie de saluer ses frères humains mais un léger mépris mêlé de crainte. Etait-il possible que cet homme en costume-cravate assis à côté de lui, au visage si rond et inoffensif, soit le <em>thierry75</em> qui, le treize mars à dix-sept heures et trente-deux minutes, avait liquidé un article brillant et argumenté d&#8217;un définitif « Fo pa pousser » ? Et cette jolie fille, là-bas, près du fond, ne rentrait-elle pas chez elle, le soir, pour écrire, sous le pseudonyme de <em>lili</em>, « C tro dé pourri lé politik de tout fasson, yan a mar » ? Quant à ce jeune beur si souriant, qui venait de céder sa place à une vieille femme, n&#8217;était-il pas <em>palestineForever</em>, ce fou dangereux qui, la veille au soir, avait exprimé dans un français approximatif son désir virulent de finir ce que les allemands avaient commencé soixante-dix ans plus tôt ?</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi allait le monde, et il ne le comprenait que trop tard. Il vivait entouré de docteurs Jekyll qui attendaient la tombée de la nuit et l&#8217;établissement d&#8217;une connexion aDSL pour révéler leur véritable nature. Il ne voulait plus les serrer dans ses bras. Il voulait les fuir. Les punir. Les décevoir comme ils l&#8217;avaient déçu. Leur faire mal. Pour la première fois de sa vie il ressentait de la frustration, du ressentiment, de la haine.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et un soir, en rentrant chez lui, après avoir cherché plusieurs minutes le courage d&#8217;allumer l&#8217;ordinateur, Paul commença à parcourir les pages de commentaires. Il surfa longtemps, des heures, le temps de trouver un article assorti de plusieurs centaines de commentaires idiots et haineux.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors il posta son premier message : « <em>Vous pouvez tous crever.</em> »</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il venait d&#8217;avoir dix-huit ans. Il était devenu l&#8217;un d&#8217;entre eux.</p>
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		<title>Pessimisme appliqué III : Dernières volontés</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Mar 2009 07:06:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pessimisme]]></category>
		<category><![CDATA[Humour noir]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a-t-il des notaires en Chine ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il est des haines si violentes, si dévorantes, qu&#8217;elles rendent compte d&#8217;un homme plus sûrement que l&#8217;énumération des ses amours les plus passionnelles. Ainsi Xu Men-Thôt a, sa vie durant, été connu comme « l&#8217;homme qui déteste le vélo ».</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La simple évocation, en sa présence, du Giro, du Tour de France ou d&#8217;une quelconque épreuve sportive du même ordre suffisait à le plonger dans une colère homérique de laquelle il était rare que les objets à sa portée sortissent intacts. Ses amis s&#8217;en amusaient, sa femme aussi, tout du moins jusqu&#8217;au jour où, pris d&#8217;une rage incontrôlable, il détruisit toutes les chaises de la maison, ne supportant plus de partager son toit avec un élément de mobilier affichant si ostensiblement son désir de ressembler à une selle. « Vous me narguez, vous me narguez ? Vous ne me narguerez plus maintenant ! » hurlait-il à tue tête et en chinois en fendant de puissants coups de hache les pieds des meubles à ses yeux coupables.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Bien sûr, il ne montait jamais sur un vélo. Trop pauvre pour s&#8217;acheter une voiture, il effectuait tous ses trajets à pied, réprimant tant bien que mal les injures qui lui montaient aux lèvres lorsqu&#8217;il était doublé par un cycliste. Il perdait ainsi des heures en pénibles marches, mais aucun de ses proches ne se risquait plus à le lui faire remarquer : la fièvre homicide qui lui rougissait le front lorsqu&#8217;on lui suggérait de faire l&#8217;acquisition d&#8217;une petite reine suffisait à terrifier même les plus courageux.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ses crises de rage de plus en plus rapprochées prélevaient leur dîme sur sa santé : précocement épuisé, le coeur qui battait dans sa poitrine était celui d&#8217;un vieillard. A la dégradation de son corps s&#8217;ajoutait celle de ses finances : la peur de la grippe aviaire planait sur l&#8217;Asie et plus personne ne souhaitait acheter ses poulets. Il fut bientôt évident que la ferme, qu&#8217;il tenait de son père, et celui-ci de son père avant lui, ne serait pas transmise à la génération suivante. Et c&#8217;est ainsi, pathétique père Goriot suffoquant sur son lit de mort, qu&#8217;il s&#8217;excusa auprès d&#8217;un fils arrivé juste à temps pour le voir mourir : je n&#8217;ai jamais renâclé à la peine, lui dit-il, mais cela n&#8217;a pas été assez. Je n&#8217;ai rien à te léguer, mon fils, et j&#8217;espère que tu sauras accorder ton pardon au vieil homme qui t&#8217;a donné la vie, alors qu&#8217;il est au crépuscule de la sienne.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Ne crains rien, mon petit papa. Je n&#8217;aurai pas besoin de la ferme pour vivre. Je suis en train de monter ma propre compagnie de cyclo-pousses et le peu d&#8217;héritage que tu pourras me léguer suffira à acheter les vélos. »</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Résonna alors dans la pièce un râle comme on n&#8217;en avait jamais entendu dans le Sichuan : à la fois fort comme le cri d&#8217;un homme au faîte de sa colère et faible comme le dernier souffle d&#8217;un agonisant.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il y eut des pleurs lors de la veillée funèbre. On parlait du défunt, un homme bon, bon à tel point qu&#8217;il avait souhaité léguer son corps à la science, espérant pouvoir, par delà la mort, contribuer à aider le Parti et la Chine. Mais on se remémora surtout, avec quelques rires au milieu des larmes, sa détestation du vélo, car il y a des haines si violentes, si dévorantes, qu&#8217;elles rendent compte d&#8217;un homme plus sûrement que l&#8217;énumération des ses amours les plus passionnelles.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le corps écorché de Xu Men-Thôt, conservé grâce à l&#8217;étonnante technique de la plastination, a fait le tour du monde dans le cadre de l&#8217;exposition Our body / A corps ouvert.</p>
<div align="center"><img src="http://www.cafedefaune.com/wp-content/uploads/2009/07/cadavre_velo.png" alt="Xu Men-Thot" title="Xu Men-Thot" width="470" height="376" class="alignnone size-full wp-image-458" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Fragment pseudotobiographique VI : Prélude à l&#8217;insurrection</title>
		<link>http://www.cafedefaune.com/2009/02/prelude-a-l-insurrection/</link>
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		<pubDate>Fri, 20 Feb 2009 18:34:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pseudotobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[Mauvais esprit]]></category>

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		<description><![CDATA[La révolution n'aura pas eu lieu.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><br />&nbsp;</div>
<p><strong>VI. (IC : 5/5)</strong></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tocqueville nous avait pourtant prévenus : « <em>Dans les aristocraties, la langue doit naturellement participer au repos où se tiennent toutes choses. [...] Le mouvement perpétuel qui règne au sein d’une démocratie tend, au contraire, à y renouveler sans cesse la face de la langue, comme celle des affaires.</em> »</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais qu’aurait écrit Alexis, je vous le demande, s’il avait cessé cinq minutes de faire du trekking dans les Rockies pour prendre le bus 126 ? Qu’aurait-il pensé en entendant cette femme, femme dont le seul souvenir des paroles suffit à me plonger dans des abîmes d’effroi ?</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Elle n’était ni jeune ni vieille, ni laide ni belle. Contre le côté droit de son visage, elle écrasait un minuscule téléphone portable auquel elle confiait ses faits et gestes les plus anecdotiques avec un entrain juste suffisant pour convaincre les autres passagers de l’urgente nécessité d’assortir le cinquième commandement de sévères amendements.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et puis cette phrase, <em>horresco referens</em>… « J’en parlerai au meeting de demain où je ferai remonter mes besoins. ». Tout le monde avait entendu, c’était évident, mais personne ne tiquait. Seul au milieu de la foule, je fixais le visage de ce phénomène de foire capable de régurgiter ses excréments au cours d’une réunion de travail. C’était donc cela, la fameuse « insurrection qui vient » chère à Julien Coupat ? Allions nous voir, bientôt, dans l’Europe entière, des millions de travailleurs soudain écoeurés par la marche de ce monde capitaliste vomir leur fèces sur le bureau de leur supérieur hiérarchique direct ? Que les discours de Besancenot, déjà pas follement enthousiasmants, paraîtraient fades après ça ! Je tournais et retournais dans ma mémoire les mots entendus, persuadé d’avoir mal interprété, sans succès. Aucune erreur possible : la révolution était en marche. Pas plus d’extrême-gauche que je ne le suis depuis l&#8217;abandon des oripaux de ma folle et niaise jeunesse mais comme toujours conscient de l’inestimable valeur du suivisme pour qui souhaite conserver une espérance de vie respectable au sein d’une société animale, fût-elle humaine, je me tenais prêt à rejoindre le mouvement. J’allais me lever, la rose au poing et la crotte aux lèvres, pour entonner une version scatologique du chant des partisans, lorsque la réalité me tomba sur la tronche comme la récession sur un pays de l’OCDE : par « faire remonter mes besoins », la sibylle voulait dire « communiquer mes désirs aux personnes situées au dessus de moi dans l’organigramme de la société ». Quelle ironie : ce que j’avais pris pour une exhortation à la lutte armée n’était qu’une forme particulièrement vulgaire de la novlangue néocapitaliste, dont cette anecdote dénote une fois de plus le pouvoir de sujétion(1).</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>No pasaran !</em></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;(1) <font size="1">Si le Monde Diplomatique ne m’embauche pas après une phrase pareille, c’est à n’y plus rien comprendre…</font></p>
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		<title>Pessimisme appliqué II : Tendanciel dégradé</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Nov 2008 10:13:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pessimisme]]></category>
		<category><![CDATA[Humour noir]]></category>

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		<description><![CDATA[« <em>Nos lecteurs nous ont signalé que certains produits lactés<br />de discounteurs étaient devenus subitement plus liquides fin 2007,<br />d'autres que le même papier toilette était devenu plus rêche,<br />le pain de mie plus sec, sans changement de prix ni d'emballage.</em> »<br />&#160;<br />Marie-Jeanne HUSSET, directrice de la revue 60 Millions de consommateurs<br />in <em>Marianne</em> n°597]]></description>
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<div align="right">« <em>Nos lecteurs nous ont signalé que certains produits lactés<br />de discounteurs étaient devenus subitement plus liquides fin 2007,<br />d&#8217;autres que le même papier toilette était devenu plus rêche,<br />le pain de mie plus sec, sans changement de prix ni d&#8217;emballage.</em> »<br />&nbsp;<br />Marie-Jeanne HUSSET, directrice de la revue 60 Millions de consommateurs<br />in <em>Marianne</em> n°597<br />&nbsp;</div>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les changements avaient été si subtils, si infimes, si progressifs, que personne n&#8217;avait rien remarqué. Les pâtes à tartiner ne contenaient plus de chocolat depuis longtemps, aussi l&#8217;ajout d&#8217;huile de vidange passa inaperçu – sauf auprès de certains consommateurs qui se réjouirent d&#8217;une soudaine amélioration de la teinte et de la texture du produit.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Habitués au pain sec et rassis vendu sous le nom de brioche, les clients ne furent pas désagréablement surpris en trouvant, au lieu des habituelles tranches puantes et moisies, de belles et lisses galettes de plâtre.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durant les vingt derniers mois, la viande était progressivement devenue caoutchouteuse, difficile à mâcher, impossible à cuire. L&#8217;évolution, graduelle, avait été imperceptible. Aussi personne ne prit la peine de regarder l&#8217;étiquette où l&#8217;on pouvait lire, en petits caractères, les mots : « présence possible de tendons de rongeurs ».</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le vin était imbuvable depuis si longtemps que seuls les plus anciens clients se souvenaient que le mot avait autrefois désigné un breuvage qui ne causait pas ulcères, brûlures de l&#8217;oesophage et fonte des gencives. Dans l&#8217;esprit de la plupart des acheteurs, le vin avait toujours été cela : une boisson d&#8217;homme qu&#8217;on avale en serrant les dents, généralement pour la vomir quelques minutes plus tard. Les fabricants dormaient tranquilles : qui allait bien prendre la peine de lire la minuscule étiquette de mise en garde ? « Compost liquide réalisé à partir de vignes malades issues de zones inhabitables de la communauté européenne » &#8211; comment prendre cela au sérieux ?</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#8217;environnement aussi avait changé. Les hauts-parleurs des supermarchés ne diffusaient plus les derniers succès de la variété internationale mais des grésillements et sifflements dont la fréquence était comprise entre cinq et quinze kilohertz, générés aléatoirement par un potentiomètre de mauvaise qualité. Les clients ne s&#8217;en plaignaient pas et les enseignes, n&#8217;ayant plus à payer de droits d&#8217;auteur, réalisaient de substantielles économies.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les produits étaient de moins en moins mis en valeur. Des lampes de deuxième ou de troisième main éclairaient d&#8217;une lumière blafarde des emballages dont la laideur et la fragilité allait chaque jour s&#8217;accroissant. De certains néons fendus s&#8217;échappait du gaz, effet secondaire mais pas inutile de cette politique de réduction des coûts : l&#8217;odeur acide et irritante qui émanait des tubes endommagés n&#8217;était peut-être pas agréable, mais la puanteur dégagée par la viande pourrissant dans des congélateurs constamment en panne l&#8217;était encore moins.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le personnel était de toute façon si mal payé qu&#8217;il se fichait comme d&#8217;une guigne de l&#8217;état du matériel. Les magasiniers ne rangeaient plus les rayons et se contentaient de déverser à même le sol des cartons sommairement éventrés à l&#8217;aide un couteau sale emprunté au rayon boucherie. Les caissières insultaient les clients qui, dociles, les yeux rougis et l&#8217;esprit embrumé par les émanations toxiques flottant dans l&#8217;air, n&#8217;avaient plus la volonté ni les moyens intellectuels de se défendre. Parfois certains disparaissaient pour ressurgir des semaines plus tard, amnésiques, hagards, errant au milieu d&#8217;un parking où rouillaient des Logans. D&#8217;autres ne réapparaissaient jamais, mais personne ne s&#8217;en souciait : les prix étaient restés stables, c&#8217;était le plus important – mieux valait ne pas lire les étiquettes.</p>
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